2026
28/01 – Pourquoi je n’aime pas le terme « ACAB »
Il déssert la cause
Prenons une analogie simple : le comportement d’un molosse (disons un rotweiller) qu’on éduque peut prendre différentes directions, qui dépendent majoritairement de nous. Mais initialement, le molosse est essentiellement un chien, avec un comportement « standard ». On peut lui offrir une caresse ou un baton. En faire un toutou attendrissant et câlin (j’ai déjà connu un rotweiller comme ça), ou un véritable danger public.
Avec ACAB on brandit systématiquement le bâton, et on pousse tous les flics dans la même direction, on attise et converge la haine vers un seul ennemi, on force le manichéisme, on alimente un « vivre contre » perpétuel et vicieux.
Comment envisager une fin des violences policières sous ces conditions ? à croire que les luttes anti-violences se nourrissent de violences policières…
De plus, cela rend toute tentative de discussion pour « amadouer » les flics largement hypocrite : « je vous déteste tous, vous êtes tous des vendus, des connards, mais toi je suis sûr que tu es gentil au fond. »
Il n’est pas cohérent avec les valeurs morales de ceux qui le braque
On fait d’une majorité une totalité.
Pourquoi que les flics ? Pourquoi pas les politiciens, qui gouvernent les directions et moyens des flics, donc sont en grande partie responsable, ou encore les banquiers, les investisseurs de la catastrophe climatique…
Il y en a plein des méchants, et ceux-là sont des méchants largement assumés, là où il existe une partie (certe minoritaire, mais significative), de flics non corrompus par la violence systémique.
C’est autant de balles perdues, de potentialités de changement de direction avortées par un message fondamentalement violent et méchant à destination de tous sans exception. Imaginez un.e jeune policier.e, plein de volonté qu’iel juge bonnes, qui se retrouve plongé dans une réalité profondément différente : un peu partout dans le monde, des citoyens le déteste à cause de l’uniforme qu’il porte, et peu importe ses convictions et valeurs.
Avouez que c’est blessant et déprimant, et comprenez que cela peut mener rapidement (avec l’aide de ses collègues bien stimulés par cette haine systémique) à se tromper de cible. Il ne faut pas négliger la puissance de l’ambiance du groupe dans ces contextes : une ambiance de haine, de colère, qui règne depuis des années, et qui est véhiculée d’une part par des militants qui ne comptent pas changer de discours, d’autre part par des têtes brûlées particulièrement sensible et irritables, provoque sans contrôle une escalade de violence et d’écarts moraux qui vont donner raison aux deux fronts de la bataille.
Il coexiste avec des messages bien plus percutants et pertinents
Dans l’histoire des luttes, je pense qu’on a connu plus nuancé et cohérent comme message militant.
Ainsi, dans l’autre sens, le message « siamo tutti antifascisti » est bien mieux : tous ces manifestants sont en effet anti-fasciste (sinon ils auraient une sacré dissonance cognitive à gérer…), c’est un message qui rassemble, qui revigore et stimule, sans cibler et attaquer frontalement un corps de métier. Ce dernier est implicite et subjectif : chacun y voit ceux qu’il veut.
[apport du 12/04/2026]
Je comprends toutefois que c’est un cri du coeur de toustes celleux qui ont vécu personnellement ou dans leur cercle proche des violences et abus de pouvoirs policiers(ou juste par solidarité); et je vois bien la perche de l’ironie qui pourrait m’être tendue avec l’analogie de la réaction ouin-ouin « not all men ». J’entends simplement ici tenter de me faire l’avocat du diable, et théoriser que la violence policière possède beaucoup de leviers d’activation, et peut être alimentée, voire amplifiée par la systématisation de leur jugement par un groupe d’individus qui peuvent leur être totalement inconnu.




