Archivage de toutes mes petites et grosses créations dont j'assume la diffusion

2025

22/11 – Dissociation et dissonnance dans le monde du travail

[Texte rédigé en deux temps, sans relecture, avec beaucoup de gniaque]

[Je mettrai peut-être des couleurs et des titres un jour, pour que ce soit plus agréable à lire, mais j’en doute fortement]

étant petit, et jusqu’à très longtemps pour certains, on est pas attentif aux cours, parce qu’on sait qu’on a mieux à faire ailleurs. Alors on fait tout pour être le moins présent aux cours. Physiquement et mentalement.

Moi, je fais un peu pareil en fait.

Mon métier pourrait être passionnant, mais j’ai loupé trop d’échelons et j’ai perdu trop d’attention et de sens de la rigueur scientifique pour pouvoir imaginer m’épanouir dans cette carrière.

Alors je fuis quand je peux, en exploitant le système un peu déraillant du milieu de la recherche (et de l’administration) : semaine à 4,5 jours (mercredi après-midi « off » pour avancer sur mes projets perso – ceux qui font réellement sens à mes yeux – et répartition de mes 35h sur le reste de la semaine). En réalité je fais mes heures comme je veux le reste du temps : je connais suffisamment la carrière de la recherche scientifique pour savoir qu’il n’existe pas de quantité de travail fixée nécessaire à la réalisation d’un post-doc, et qu’il n’est pas utile de s’acharner à travailler sur la production de connaissances de 08h à pas d’heure tous les jours pour valider son contrat (bien que ce soit évidemment une bonne chose pour ceux qui s’épanouissent complètement dans leur métier, pour qui la recherche est une passion).

De ce fait, comme tant d’autres métiers, chercheur.euses peut être un cercle vicieux de débordement de la vie professionnelle sur la vie personnelle. Il y a comme un émulation perpétuelle dans une communauté de chercheur, à la frontière de la compétitivité, qui pousse ceux qui souhaitent s’ancrer dans la recherche à multiplier les responsabilités et les occupations, tout en nourrissant le doux rêve de continuer à faire de la recherche comme aux temps de leur thèse. La réalité est bien autre puisque, de mon expérience (certes pas si longue que ça, mais suffisamment éclairante pour le sujet qui m’intéresse je pense) dans le milieu, tout chercheur finit par laisser une part largement majoritaire à l’administration, au management, à la prestation orale sous toutes ses formes, et à la relecture d’articles les belles journées, en comblant des plannings chaque année plus impossible que la précédente, et avec (les belles années) une semaine de déblocable pour exercer une activité pure de recherche.

Mais moi, je sais très bien aujourd’hui que ce n’est pas moi, que je ne veux pas de cette évolution. Et comme je porte plus d’amour à mes activités personnelles (écriture, associatif, sensibilisation sur mes sujets de cœur, jeux-vidéos, cuisine…), il me paraît évident de chercher à limiter au mieux ma part de temps de travail sédentaire au laboratoire.

Le grand challenge est alors de faire passer mon temps au laboratoire de la meilleure façon pour moi : identifier dans mes activités de chercheurs les moments qui me stimulent vraiment, qui me donnent l’impression d’avancer dans la recherche de mon « moi meilleur », et les exploiter au maximum pour tirer un portrait de chercheur qui me ressemble au plus.

Je ne trahis ainsi pas mes valeurs, tout en étant au final loyal envers le métier et ce qu’il requiert.

En infusant toutes ces réflexions, j’en viens à mettre en place naturellement une routine de travail évolutive qui converge vers un « mieux-être » dans l’exercice de ce métier. Quelques exemples éparpillés : du temps de midi, s’il fait beau, je vais manger à l’extérieur, seul, sur un banc ou dans l’herbe, je lis quelques pages d’un bon livre inspirant, et je vais me promener un peu dans ce beau campus qu’on ne connaît si peu en dehors de ses infrastructures étudiantes principales. Quand je sature de l’écran, du travail solitaire, qu’il devient aliénant, que je perds en attention et motivation, je vais échanger avec un membre de l’équipe. J’ai toujours ma petite liste de questions et sujets à traiter avec eux, qui ne sont pas urgentes mais qui représentent des belles occasions de puiser de l’énergie de reproduction dans la sociabilisation.

Je finis rarement après 17h30, pour profiter au maximum de ma soirée « off » et faire les choses qui me plaisent.

J’aime à penser que ceux qui me considèrent comme fainéant ou anti-travail sont très frustrés de se sentir enfermés dans un travail qui leur consomme un surplus d’énergie physique et mentale qu’ils auraient aimés mobiliser pour leur vie personnelle, ont le sentiment de ne pas pouvoir s’en échapper. Ils devraient être heureux pour moi ! Mais ils pensent au contraire que ce n’est pas normal ce que je fais, parce que leur expérience (qui provient d’une transmission orale, voire une « transmission atmosphérique » si on veut) du milieu du travail veut que tout salaire soit représentatif de son travail, et en accord avec la symbolique de son parcours, et les conventions sociales associées.

En d’autres termes, si je suis un jeune ingénieur qui passe chef de projet, le métier de manager exige un salaire bien confortable de plus de 3000€ par mois, ainsi qu’un temps de travail nécessairement supérieur à 35h pour garder une légitimité hiérarchique, et par héritage des anciennes générations de chef de projet dans cette grande entreprise à laquelle on doit tant.

Bien évidemment, pour moi, et pour plein d’économistes comme David Graeber ou Corinne Morel Darleux, c’est des conneries tout ça.

Autant que vos conditions de vie sociale, financières et médicales vous le permettent, fournissez un travail efficace constitué d’activités choisies et réparties en connaissance de vous-même, imposez vous de finir votre journée avant la tombée de la nuit, en vous donnant les moyens de garder à distance les dangers des réunionites et autres cercles vicieux de responsabilités en série et changement de casquette d’expert impromptues qui viennent avec les promotions, et aller vers le meilleur de vous-même dans les deux faces de la vie perso/pro en connaissant vos limites, et en contrôler l’énergie que vous fournissez dans chacun de ces deux versants.

Me voilà à parler comme un coach personnel, pour qui je me prends bordel…

Ce sont des réflexions qui proviennent d’une expérience (je l’espère) majoritairement individuelle, qui sont vouées à mâturer. J’ajouterai que je ne relis jamais mes textes sur Wix : raison de plus pour rester humble sur l’autorité épistémique que je place dans la publication de ce poste. Faites en ce que vous voulez. Si ça vous inspire, et que vous sentez que des bouts de textes vous permettent d’accéder à du « mieux » dans votre vie, je serai le plus heureux des humains.

Sinon, je serai juste content d’avoir mis à plat ces idées.

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